Amendement n° 1 · Séance publique

INSTITUER UN MÉCANISME DE SAISIE DES AVOIRS SOUVERAINS ÉTRANGERS GELÉS EN RÉPONSE AUX VIOLATIONS DU DROIT INTERNATIONAL

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Score de criticité
3/5 NOTABLE
Auteur
Lejeune Claire
Texte
Texte de la commission, n° 2756-A0 — Art. Article 1
Examen
1ère lecture (1ère assemblée saisie) · Séance publique
Article 1

Rédiger ainsi cet article : « Le premier alinéa de l’article 131‑21 du code pénal est complété par une phrase ainsi rédigée : « « Elle est également encourue de plein droit pour les crimes les plus graves qui touchent l’ensemble de la communauté internationale au sens de l’article 689‑11 du code de procédure pénale. » »

Exposé sommaire

Par cet amendement, le groupe la France insoumise souhaite réécrire l’article unique de cette proposition de loi, afin que celui-ci permette uniquement la saisie de biens privés de personnes ayant commis des crimes qui touchent l’ensemble de la communauté internationale au sens du Statut de Rome de la Cour pénale internationale. En effet, la présente rédaction de l’article unique de cette proposition de loi propose la saisie des tous types de biens, à l’exception de ceux affectés à l’usage officiel de missions diplomatiques ou consulaires. Actuellement, 210 milliards d’euros d’actifs appartenant à la Banque centrale de Russie (BCR) et de 24,9 milliards d’euros d’avoirs privés russes sont gelés en Union européenne. Ils sont essentiellement stockés chez Euroclear, une société internationale de dépôt de fonds basée à Bruxelles. Loin derrière la Belgique, la France détiendrait 19 milliards d’euros d’avoirs russes gelés. Or, les avoirs de la BCR sont la propriété de l’État russe et sont, à ce titre, protégés par l’immunité souveraine et l’immunité d’exécution. Ainsi, la saisie des avoirs de la BCR est illicite et le principe des « contre-mesures » évoqué par cette PPL ne change rien à ce constat. Prétendre le contraire relève en réalité d’une lecture plus qu’orientée du droit international, puisqu’il n’existe pas aujourd’hui de consensus juridique autour de la légalité d’une telle saisie via ce principe. In fine, les « contre-mesures » représentent en réalité une fragilisation des fondements du droit international. En effet, c’est un moyen de décentralisation du droit international : les institutions internationales perdent leurs compétences au profit des États qui se font justice eux-mêmes. Ce n’est pas un hasard si les États-Unis ont toujours plaidé en faveur de la généralisation mondiale de ce principe, puisque cela leur permettrait de saisir des avoirs de toute banque souveraine en cas de conflit, même s’ils ne sont pas directement impliqués en tant que belligérants, alors qu’en face, les pays moins puissants, seraient incapables de riposter. Cela graverait dans le marbre du droit international la capacité des États puissants (et en premier lieu des États-Unis) à jouer les gendarmes du monde sous prétexte de leur hégémonie financière. Alors que Donald Trump multiplie les violations du droit international depuis son retour à la présidence des États-Unis (renforcement du blocus à Cuba, kidnapping du président vénézuélien, guerre en Iran…), l’Assemblée nationale française pourrait permettre à ce dernier de justifier de potentielles futures violations du droit international en votant ce texte instaurant ce principe des « contre-mesures ». Par ailleurs, une potentielle saisie des avoirs de la BCR par la France comporte des risques. En effet, cela pourrait créer un risque de suspicion à l’égard des institutions de la France et/ou de la zone euro qui pourraient ne plus être considérées comme sûres et fiables. En outre, la Russie pourrait riposter. En effet, en Russie, il existe un cadre légal permettant de contrecarrer une telle confiscation et accordant tout pouvoir aux tribunaux locaux russes pour procéder à la confiscation de biens étrangers en Russie. Ainsi, le groupe la France insoumise propose de saisir uniquement les avoirs privés. Dans le cas actuel de la Russie, ces avoirs gelés appartiennent à des personnes qui compromettent ou menacent l’intégrité territoriale ukrainienne, apportent un soutien matériel ou financier à l’effort de guerre russe et fournissent une source substantielle de revenu à l’État russe. Cela concerne les personnes directement impliquées, et donc responsables de la guerre en Ukraine, ainsi que les personnes et les entités qui leur sont associées. Ainsi, sont visés notamment les oligarques proches du pouvoir poutinien, permettant ainsi de sanctionner directement les responsables de cette guerre.

En clair

Cette proposition limite la saisie des avoirs russes à ceux des personnes directement impliquées dans la guerre en Ukraine, excluant les biens étatiques.

A

Ce qui change — avant / après

Ce que dit la loi aujourd'hui

La loi actuelle permet la saisie des biens détenus par des banques centrales ou autorités monétaires étrangères, à l'exception des avoirs diplomatiques, sous certaines conditions (résolutions de l'ONU, sanctions européennes, etc.).

Ce qu'elle dirait si l'amendement passe

L'amendement restreint la saisie aux avoirs privés de personnes directement responsables de la guerre en Ukraine, comme les oligarques russes, en excluant les biens étatiques et les avoirs diplomatiques.

B

Qui / quoi est concerné

Populations
CitoyensFamillesPersonnes âgées
Acteurs
Entreprises
Secteurs
Sécurité et ordre publicDémocratie et institutionsFinances publiques
C

L'impact concret — ce qui change réellement, pour chacun

  1. Risque de conflit international si la Russie riposte en sanctionnant des biens français.
  2. Perte de confiance dans les institutions européennes en cas de saisie de biens russes.
  3. Modification du cadre juridique international en favorisant des mesures unilatérales.
D

Arguments du débat — pour / contre

▲ Pour l'amendement
  • Cible uniquement les responsables directs de la guerre, évitant de sanctionner des citoyens innocents ou des États.
  • Prévient les risques de fragilisation des institutions internationales en limitant les saisies à des cas précis.
▼ Contre l'amendement
  • Peut encourir des représailles russes, menaçant la stabilité des relations internationales.
  • Crée un précédent pour des mesures unilatérales, affaiblissant le droit international et la coopération multilatérale.

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